
Les fuites reviennent d’un étage à l’autre, toujours le long des mêmes gaines. Vient alors la question du remplacement des colonnes d’eaux usées de l’immeuble. Pour un syndic, ce chantier se prépare par étapes : voir l’état réel de la colonne, faire repérer l’amiante, faire voter l’assemblée, puis organiser les travaux dans un immeuble habité.
En bref
- Le remplacement d’une colonne d’eaux usées se vote en assemblée générale, en principe à la majorité de l’article 24 : la loi y range les travaux de conservation de l’immeuble, réseaux compris.
- Avant le vote, faites inspecter la colonne à la caméra et, si l’immeuble date d’avant 1997, faites repérer l’amiante.
- Le chantier passe en général par les logements : accès notifiés au moins huit jours avant, gaines ouvertes puis refermées, plafonds et peintures repris.
Quand faut-il remplacer la colonne d’eaux usées ?
Une fuite localisée se répare : un joint, un tronçon, un raccord. Le remplacement se discute quand les réparations s’enchaînent, quand les fuites apparaissent à plusieurs étages, ou quand la caméra montre un tuyau rongé sur plusieurs mètres. Il faut alors regarder toute la colonne, au-delà du point qui fuit.
Pour choisir entre réparer et remplacer, voyez notre article sur les colonnes en fonte. Si la colonne déborde au lieu de fuir, pensez plutôt à un bouchon.
Colonne en fonte : quand la réparer, quand la remplacer
Remplacement d’un tronçon de colonne en fonte, en photos
Une colonne bouchée : le débouchage et qui le paie
Inspecter avant de voter
Avant de faire voter un remplacement, mieux vaut savoir ce qu’il y a dans la colonne. Nous passons la caméra d’inspection à l’intérieur : l’image s’affiche en direct à l’écran, on voit la rouille, une fissure, un joint qui laisse passer l’eau. Selon la situation et le besoin, un hydrocurage dégorge la colonne avant le passage de la caméra. Autour des gaines, l’humidimètre et la caméra thermique montrent jusqu’où l’eau s’est étendue.

Ce constat aide à décider quelles colonnes changer, et sur quelle hauteur. Ses photos peuvent ensuite accompagner le dossier de l’assemblée.
Remplacement de colonne d’immeuble : comment nous menons le chantier
L’inspection peut aussi éviter un remplacement. En mars 2026, dans un local de parties communes, la caméra n’a trouvé ni fissure ni casse dans un collecteur qui fuyait : sa pente était trop faible, et le tuyau se remplissait aux heures de forte utilisation, jusqu’à fuir aux joints. Le rapport a préconisé de changer les joints et de contrôler les supports.
Relisez aussi trois documents de l’immeuble : le carnet d’entretien (il doit indiquer l’année des travaux importants, dont le remplacement des canalisations), le plan pluriannuel de travaux s’il existe, et le dossier technique amiante.
L’amiante : le repérage avant travaux
Couper une colonne, ouvrir une gaine ou un plancher peut toucher des matériaux qui contiennent de l’amiante. Le Code du travail impose à celui qui décide l’opération de faire rechercher l’amiante avant les travaux (article R4412-97). Pour une colonne commune, c’est le syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic.
Le repérage est confié à un opérateur certifié, indépendant des entreprises qui font le chantier. Le dossier technique amiante de l’immeuble ne suffit que s’il renseigne déjà précisément les matériaux que les travaux vont toucher. Mieux vaut avoir le rapport avant le vote : s’il trouve de l’amiante, le chantier, son calendrier et son budget changent.
Le vote en assemblée
La loi du 10 juillet 1965 range parmi les décisions prises à la majorité des voix exprimées (article 24) « les travaux nécessaires à la conservation de l’immeuble ». Elle précise qu’ils incluent les travaux portant sur « les réseaux ». Le remplacement d’une colonne usée entre en principe dans ce cadre.
Les travaux qui comportent une transformation, une addition ou une amélioration relèvent de l’article 25, à la majorité des voix de tous les copropriétaires. Dans une affaire jugée en 2013, la Cour de cassation a admis un vote à l’article 24 pour rénover des colonnes de distribution d’eau froide et chaude, devenues défectueuses : malgré l’ajout d’éléments nouveaux, ces travaux remplaçaient un équipement vétuste et restaient des travaux d’entretien.
Pour que la décision soit valable, la convocation doit être accompagnée des conditions essentielles des contrats proposés, devis ou marchés (décret du 17 mars 1967, article 11). Si les travaux touchent des parties privatives, elle joint aussi une analyse des solutions éventuelles qui les épargnent. L’assemblée fixe le montant de marché à partir duquel la mise en concurrence des entreprises est obligatoire (loi de 1965, article 21).
Le montant du devis dépend du nombre de colonnes et d’étages, de l’accès aux logements et aux gaines, du matériau choisi, de l’amiante s’il y en a, et de la remise en état prévue après le chantier.
Un chantier dans un immeuble habité
Une colonne traverse tous les étages, souvent à travers les logements : il faut alors ouvrir les gaines chez les occupants. Si le règlement de copropriété ne dit rien ou se contredit, une colonne qui dessert plusieurs logements est réputée partie commune, même là où elle traverse un appartement (loi de 1965, article 3). L’article 9 de la même loi encadre les accès :
- les travaux qui supposent un accès aux parties privatives sont notifiés aux copropriétaires concernés au moins huit jours avant, sauf impératif de sécurité ou de conservation des biens
- un copropriétaire ne peut pas faire obstacle à des travaux d’intérêt collectif régulièrement votés, si « l’affectation, la consistance ou la jouissance » de ses parties privatives n’en sont pas altérées de manière durable
- un trouble de jouissance grave, même temporaire, ou des dégradations ouvrent droit à une indemnité, à la charge du syndicat
Partie commune ou privative : le cas des colonnes
Le syndic informe aussi les occupants des décisions de l’assemblée (article 18). Sur le terrain, le chantier se prépare logement par logement : dates d’accès, coupures d’eau annoncées par affichage, protection des pièces, remise en état prévue dans la foulée.
Un exemple tiré d’une de nos factures du printemps 2026, pour un syndicat de copropriétaires. La colonne d’évacuation en fonte, abîmée entre le 2e et le 3e étage, passait dans deux logements occupés, cachée derrière un coffrage. Nous avons ouvert le coffrage et le plancher entre les deux étages, déposé puis reposé un chauffe-eau qui gênait, et remplacé ce tronçon par de la fonte neuve, raccordée à l’ancienne colonne. Nous avons ensuite rebouché le passage dans le plancher avec un matériau coupe-feu.


Remplacement d’une canalisation en fonte, dans une cave
Fonte ou PVC pour le neuf
Les deux matériaux se posent en rénovation. Sur l’un de nos chantiers, le tronçon neuf est en fonte, avec des raccords en PVC gris. Le choix se fait colonne par colonne, sur devis : place dans la gaine, raccordement des logements, état de ce qui reste en place, bruit d’écoulement près des chambres, budget.
Pour le bruit, la pose compte aussi. Dans les logements neufs, l’Agence Qualité Construction recommande de désolidariser les canalisations, d’utiliser des fixations antivibratiles et de doubler l’intérieur des gaines d’un matériau absorbant.
D’autres techniques existent pour traiter une colonne sans la remplacer. Elles se comparent au cas par cas, avec l’entreprise qui les pratique.
Refermer les gaines et remettre en état
Le réseau neuf se teste avant la réception des travaux. La fiche de l’Agence Qualité Construction sur les évacuations intérieures prévoit de faire couler l’eau dans chaque appareil raccordé, puis de vérifier le bon écoulement et l’absence de fuite. Elle rappelle aussi deux règles de pose. La colonne reste ventilée : prolongée à l’air libre au-dessus des logements, ou équipée d’un clapet équilibreur de pression. Les raccords mécaniques restent accessibles et démontables, par une trappe de visite ou un panneau.
Ensuite, nous rebouchons les traversées de plancher avec un matériau coupe-feu, refermons les gaines et reprenons les plafonds, les murs et les peintures touchés par le chantier, dans les logements comme dans les parties communes. Le carnet d’entretien doit alors mentionner l’année des travaux et l’entreprise qui les a faits.
Sources
- Légifrance, loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : article 3, version en vigueur depuis le 25 novembre 2018 (consultée le 16 octobre 2026), article 9, version en vigueur depuis le 18 juin 2025, article 18, depuis le 11 avril 2024, article 21, depuis le 1er juin 2020, article 24, depuis le 18 juin 2025, article 25, depuis le 18 juin 2025, article 14-2, depuis le 1er janvier 2023
- Légifrance, décret n° 67-223 du 17 mars 1967, article 11, version en vigueur depuis le 25 décembre 2025, issue du décret n° 2025-1292 du 22 décembre 2025
- Légifrance, décret n° 2001-477 du 30 mai 2001 fixant le contenu du carnet d’entretien de l’immeuble, article 4
- Légifrance, Cour de cassation, 3e chambre civile, 9 juillet 2013, n° 12-21.916 (arrêt non publié au Bulletin) (résumé de l’ANIL)
- ANIL, « Travaux et majorités »
- Légifrance, Code du travail, articles R4412-97 (version en vigueur depuis le 31 mars 2019) et R4412-97-1
- Légifrance, arrêté du 16 juillet 2019 relatif au repérage de l’amiante avant certaines opérations réalisées dans les immeubles bâtis, articles 3 et 4
- Agence Qualité Construction, « Évacuations intérieures au bâtiment », fiche attestation d’essais de fonctionnement PB1, janvier 2023
- Agence Qualité Construction, « Acoustique des habitations neuves », plaquette, février 2025
Sources consultées le 15 octobre 2026. Cet article donne des repères généraux. Le règlement de copropriété, le diagnostic sur place et le rapport de repérage font foi.




